Nous alertons sur la situation du SDIS

En séance du conseil départemental vendredi 30 janvier 2026, a été présentée la nouvelle convention trisannuelle de financement du SDIS (Service départemental d'incendie et de secours) par le Département. Un financement très insuffisant, contre lequel le groupe se mobilise.

La convention fixe les dotations que le Département attribue au SDIS pour financer le fonctionnement (salaires, interventions), et l’investissement (matériel, véhicules, bâtiments…) des pompiers de la Vienne pour trois ans. En 2024, la première convention avait dû être ajustée dès la deuxième année, en basculant notamment 200 000 € d’investissements programmés dans la section de fonctionnement. La nouvelle convention (2026-2028) présente une trajectoire financière très insuffisante pour permettre aux sapeurs-pompiers d’assumer sereinement leurs missions essentielles : dans ses orientations budgétaires , le SDIS anticipe déjà un déficit de 1,3 million d’euros dès la première année et 6 millions d’euros sur l’ensemble de la durée de la convention.

Membres du conseil d’administration du SDIS (CASDIS) et à ce titre soumis à l’obligation de déport, Florence Harris et Ludovic Devergne n’ont pas pu ni s’exprimer à ce sujet ni voter pendant la séance du conseil départemental, qui a validé sans débat ladite convention le 29 janvier. Il n’en a pas été de même au lors du conseil d’administration du SDIS le 5 février, où Florence Harris a pris la parole au nom du groupe pour demander des moyens dignes de ce nom.

L’intervention de Florence Harris devant le conseil d’administration

« Je souhaite intervenir à propos de ce rapport. Je précise également que je dispose du pouvoir de Monsieur Ludovic Devergne, qui s’associe à cette intervention.

Madame la Secrétaire générale, Monsieur le Président, Monsieur le Directeur, Mesdames et Messieurs les administrateur·ices, Mesdames et Messieurs les officiers, Mesdames et Messieurs les personnels sapeurs-pompiers, Mesdames et Messieurs,

Je souhaite structurer mon intervention autour de trois points.
D’abord, la méthode. Ensuite, les éléments objectifs issus du rapport d’orientations budgétaires et des alertes écrites des organisations syndicales. Enfin, la responsabilité politique qui est la nôtre ici, au Casdis.

La méthode

Même si une rallonge budgétaire vient d’être annoncée, nous sommes toujours placés dans la même situation.
Aujourd’hui, on nous demande de voter une convention pluriannuelle avant la présentation des orientations budgétaires pour 2026. Autrement dit, on nous demande de signer d’abord et d’examiner les conséquences après.
Nous ne considérons pas que ce soit une méthode satisfaisante.
On ne peut pas engager le SDIS sur une trajectoire 2026–2028 sans disposer, au moment du vote, de l’ensemble des éléments permettant d’évaluer si cette convention couvre réellement les besoins et ce qu’elle implique en termes de renoncements.
Si nous siégeons ici, ce n’est pas pour être une chambre d’enregistrement.

Les éléments dans le document qui nous a été remis

Le rapport d’orientations budgétaires 2026 explique que la convention proposée repose sur une augmentation de la subvention de fonctionnement de 3 % par an.

Mais ce même document indique aussi — noir sur blanc — que dès 2026, le besoin de financement non couvert s’élève à 1,3 million d’euros, et que sur la période, le décalage atteint près de 6 millions d’euros.

Ce n’est ni une interprétation, ni un ressenti, ni une posture politique. C’est écrit. Par le SDIS lui-même.

Nous le disons sans détour : cette convention n’est pas une convention de financement. C’est une convention de sous-financement.

La convention prévoit, pour 2026, une contribution départementale de 14 823 134 euros, dont 14 323 134 euros en fonctionnement et 500 000 euros en investissement.

Très bien. Mais si, malgré cela, le SDIS écrit qu’il manque 1,3 million d’euros dès 2026, alors l’effort annoncé est insuffisant.

Le rapport d’orientations budgétaires indique que la participation du Département de la Vienne au financement du SDIS s’élève à environ 32 euros par habitant. Pour mémoire, la participation moyenne des départements pour les SDIS comparables s’établissait à 44,54 euros par habitant en 2023.
Cet écart met en évidence un niveau de contribution départementale nettement inférieur à celui observé dans des territoires comparables.
Il est mentionné sur la diapositive « Une augmentation complémentaire sera examinée par le conseil départemental par décision modificative, courant 2026. » Mais nous n’avons aucune garantie sur son montant. Cette incertitude renforce, à nos yeux, la nécessité de sécuriser la convention qui nous est soumise.

Cela pose une question de fond : à quoi sert de voter une convention pluriannuelle si son équilibre repose, chaque année, sur l’hypothèse d’une rallonge budgétaire incertaine ?

Et nous voulons nous arrêter une seconde sur une phrase du rapport d’orientations budgétaires, parce qu’elle est à la fois très forte et très inquiétante. Je cite : «En l’absence de toute marge de manœuvre sur le champ missionnel et sur le budget, du soutien du Département dépend la sécurité de la population du territoire, seule variable d’ajustement du budget du SDIS.»

Les implications sont immédiates : si la convention ne couvre pas les besoins réels, le SDIS ne pourra pas absorber le manque de financement. Ce manque est identifié, chiffré, documenté : 1,3 million d’euros dès 2026. Il se traduira par des arbitrages, des reports, des renoncements… et, au bout du compte, par une dégradation du service rendu à la population.

Faute de marge interne, tout sous-financement se paiera sur le terrain. Et ce que vous appelez «ajustement budgétaire», sur le terrain, cela s’appelle perte de chance.

Les conditions de travail

Nous voulons maintenant dire un mot des conditions de travail.

Derrière ces arbitrages budgétaires, il y a des conditions de travail. Il y a des personnels sapeurs-pompiers, professionnels et volontaires, des officiers, des agents, des équipes qui font fonctionner ce service public au quotidien.

Les organisations syndicales nous ont toutes et tous alerté·es. Elles ont alerté sur la charge opérationnelle, sur la fatigue, sur la tension permanente, sur le fait de devoir toujours faire plus avec moins.

Il faut que ce soit dit ici : quand on sous-finance le SDIS, ce sont aussi les conditions de travail qui se dégradent. Or on ne protège pas correctement la population en mettant celles et ceux qui interviennent en première ligne sous pression permanente.

La responsabilité politique

Enfin, la responsabilité politique.

Je rappelle un élément institutionnel important : Lors du vote de cette convention au Conseil départemental, nous, membres du Casdis, étions en déport. Nous ne pouvions ni nous exprimer, ni voter.

Mais ici, au Casdis, nous ne sommes pas en déport. Ici, nous avons la parole. Ici, nous avons un vote. Donc ici, nous avons une responsabilité. Et nous le disons sans détour à nos collègues administrateur·ices :
Si nous votons cette convention aujourd’hui, nous la votons en pleine connaissance de cause. Nous savons qu’elle ne couvre pas les besoins.
C’est écrit.
Donc si nous la validons, il faudra l’assumer politiquement et moralement.


Nous souhaitons être très clairs sur notre position : Nous demandons le retrait du vote de cette convention afin de permettre l’ouverture d’une renégociation de la trajectoire financière avec le Département.
Une convention pluriannuelle doit sécuriser un établissement, pas organiser son insécurité financière.

Dans cet esprit, nous proposons qu’une motion du Casdis soit adoptée afin de mandater son président pour engager officiellement cette renégociation avec le Département, sur la base des besoins identifiés dans le rapport d’orientations budgétaires.
Si cette convention était retirée pour être retravaillée, nous serions naturellement disponibles pour contribuer à une trajectoire plus soutenable. En revanche, si le vote est maintenu en l’état, alors nous voterons contre.

Ce vote ne sera pas un vote contre le Sdis ni contre ses équipes. Ce sera un vote contre une trajectoire financière dont nous savons qu’elle est insuffisante.

Sous-financer un service vital, ce n’est pas une fatalité. C’est un choix politique.

Nous demandons que cette convention soit revue, renégociée et ajustée pour couvrir réellement les besoins du SDIS. Sinon, ce que nous votons aujourd’hui, ce sont des reports, des renoncements, des tensions… et, au bout du compte, une perte de chance pour la population de la Vienne.
Nous refusons d’être comptables d’un sous-financement organisé de la sécurité civile.

Merci. »

Malgré cela, seuls 5 administrateurs ont choisi de voter contre.

L’intérêt de la presse

Suite à ce vote, La Vienne en transition a adressé à la presse locale un communiqué, dès le 5 février.

Cliquer ici pour télécharger le document PDF lisible.

Les syndicats des sapeurs-pompiers ont également exprimé leur inquiétude. La CGT a ainsi publié une lettre ouverte à ce sujet. Une mobilisation qui a attiré l’attention, puisque La Nouvelle République a consacré sa une du 10 février à ce thème.

Notre groupe va continuer à suivre de près ce dossier.

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