Décision modificative du 12 juin : Les finances du Sdis et le climat enflamment les débats

Les échanges entre droite départementale et conseillers La Vienne en transition ont été particulièrement houleux vendredi 12 juin, pour les votes de la première décision modificative de l'année 2026.  Au menu : des soupçons d'atteintes aux zones humides pesant sur Jean-Louis Ledeux, et l'obligation de revoter la rallonge budgétaire accordée au Sdis à cause d'une intervention inopportune de son président, Benoît Coquelet.

Dans le cadre des propos liminaires, c’est Grégory Vouhé qui a pris la parole pour évoquer la période inédite de canicule survenue la semaine précédente, ainsi que l’enquête ciblant le vice-président en charge de l’agriculture Jean-Louis Ledeux pour des soupçons de drainage irrégulier de zones humides.

Propos liminaires : L’inaction climatique dénoncée

« Alors que vous n’avez pas eu un mot sur le sujet, je pense à toutes les personnes fragiles. »
Grégory Vouhé, concernant la canicule

Il a fait savoir sa colère devant l’inaction climatique du Conseil Départemental. Voir sa complaisance vis-à-vis d’activités néfastes à l’environnement.

La majorité départementale n’a pas su répondre à ces attaques.

Délibération n° 8 : Désaccord sur les associations à cibler

La Vienne en transition s’est abstenue lors du vote de ce dossier, en désaccord avec le fléchage de certaines aides. En effet, beaucoup d’associations n’ont pas obtenu les subventions demandées, alors que Sport et Collection, qui ne rencontre aucun problème de financement, a reçu 4 500 € de la collectivité. L’argument de « financer la lutte contre le cancer » n’a pas convaincu Florence Harris, qui a suggéré que cette argent aurait dans ce cas pu aller directement à une organisation dédiée à cette seule cause.

Délibération n° 29 : La droite départementale sur la défensive concernant le Sdis

Florence Harris a ensuite voulu prendre la parole concernant le retrait de la délibération du 3 avril dernier attribuant une rallonge budgétaire au Sdis de la Vienne. Un retrait dû à une prise de parole de Benoît Coquelet le 3 avril sur ce sujet, alors qu’il aurait dû se retirer des débats en tant que président du conseil d’administration du Sdis.

Voici l’intervention de Florence Harris.

« Monsieur le Président, cher·ères collègues,
C’est une situation assez inédite dans le cadre de mon mandat : nous sommes aujourd’hui amené·es à retirer une délibération adoptée le 3 avril pour la revoter quelques semaines plus tard.
Pourquoi ? Parce qu’il existe un risque contentieux et qu’il convient désormais d’adopter cette délibération dans des conditions juridiquement sécurisées.
Je l’avais d’ailleurs signalé dès la séance du 3 avril. J’avais fait observer que le président du SDIS, alors même qu’il faisait l’objet d’une proposition de déport, était intervenu sur cette délibération juste avant le vote.
Ce qui rend la situation particulièrement surprenante, c’est que la veille, le 2 avril, nous avions consacré une partie de notre commission générale aux nouvelles règles applicables aux conflits d’intérêts et aux obligations de déport des élu·es. Le sujet venait d’être présenté, expliqué et documenté.
Manifestement, certaines consignes n’ont pas survécu à la nuit.

« Il manque encore au minimum 800 000 euros pour assurer l’équilibre budgétaire de l’établissement ».
Florence Harris, concernant le Service départemental d’incendie et de secours


Nous voici donc aujourd’hui amené·es à revoter cette délibération dans des conditions qui ne devraient plus laisser place à aucune contestation.
Mais pendant que nous revotons aujourd’hui pour la troisième fois sur ce dossier, le problème de fond demeure.
Le SDIS reste confronté à un sous-financement chronique que nous dénonçons depuis plusieurs années.
L’avenant de 500 000 euros constitue un apport supplémentaire. Mais il demeure insuffisant au regard des besoins identifiés. Il manque encore au minimum 800 000 euros pour assurer l’équilibre budgétaire de l’établissement.
Et chacun sait que ce chiffre pourrait encore évoluer défavorablement, notamment en raison de l’augmentation du coût des carburants, qui pèse directement sur l’activité opérationnelle du SDIS.
Les sapeurs-pompiers, les représentant·es du personnel, la direction, le président et des membres du conseil d’administration du SDIS ont tous alerté sur cette situation.
Car derrière ces chiffres, il y a la capacité de notre département à assurer une mission essentielle : porter secours à la population.
On peut revoter une délibération. On ne peut pas revoter une intervention qui n’a pas pu être réalisée faute de moyens.
Voilà pourquoi le débat d’aujourd’hui ne porte pas seulement sur une procédure. Il porte sur les moyens que nous donnons au service public d’incendie et de secours dans notre département.
C’est pourquoi nous continuons de considérer que les financements proposés demeurent insuffisants pour garantir durablement ses missions et que le problème de fond n’est toujours pas réglé.
« 

Souhaitant ensuite lire le communiqué rédigé par la CGT du Sdis 86 – également adressé à la presse et à la Préfecture – l’élue s’est vu refuser cette prise de parole par le président Pichon, qui a estimé que les syndicats s’étaient déjà exprimés en avril. Florence Harris a dénoncé cette censure dans l’agitation et sous les quolibets de la majorité de droite. Au point que Ludovic Devergne a dû appeler ses homologues de la majorité au calme. « Ce sujet enflamme l’assemblée« , a-t-il moqué. « On comprend que cela vous dérange, car le sujet est très important et vous n’êtes pas à la hauteur pour le moment. Ce qui est proposé n’est pas suffisant« , a-t-il conclu.

La Vienne en transition s’est exprimée contre cette délibération, malgré une mise au vote particulièrement rapide par Alain Pichon qui aurait pu aboutir à une non-prise en compte de ce vote.

Délibération n° 31 : Un Département fragile financièrement, et sans vision

Enfin, le chef du groupe, Ludovic Devergne, a pris la parole pour expliquer pourquoi La Vienne en transition ne voterait pas la décision modificative proposée par la majorité.

« À force de gérer la pénurie, on finit par renoncer à l’ambition.« 
Ludovic Devergne

Les élus La Vienne en transition ont gardé leur sang froid face à une assemblée ayant choisi l'hostilité plutôt que l'argumentation pour défendre sa gestion du Sdis.

« Monsieur le Président,
Vous nous présentez ce matin une décision budgétaire modificative quasiment vide, sans enjeu majeur et sans perspective pour notre collectivité.
Ces derniers jours, la DGFIP a publié son classement des départements selon leur fragilité financière, à partir des données de l’exercice 2025.
Trois catégories apparaissent :
• les départements dont l’épargne brute dépasse 15 % des recettes de fonctionnement ;
• ceux placés en zone de vigilance, avec une épargne brute comprise entre 7 % et 15 % ;
• enfin, ceux placés en zone d’alerte, sous le seuil des 7 %.
Avec une épargne brute de 8,8 %, la Vienne appartient à la zone de vigilance et ne se situe plus qu’à 1,8 point du seuil d’alerte.
Être aujourd’hui dans le dernier tiers des départements les plus fragiles financièrement de France n’est pas seulement la conséquence d’un contexte difficile. C’est aussi le résultat de choix politiques et budgétaires accumulés depuis plusieurs décennies.
À force de gérer la pénurie, on finit par renoncer à l’ambition.
Et le principal enseignement de cette décision budgétaire modificative, c’est précisément son absence d’ambition. Pas de souffle, pas de vision, pas de cap.
Cette délibération aurait pu être l’occasion d’envoyer un signal, de préparer l’avenir, de répondre aux défis auxquels notre territoire est confronté. Elle ne fait que constater l’existant.
Face à ce vide, l’abstention aurait pu être une solution de confort.
Nous faisons un autre choix : celui de dénoncer cette absence de perspective pour notre département.
La conséquence logique est que nous voterons contre cette décision budgétaire modificative
« 

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